À l'été 1940, l'économie belge redémarre sous administration allemande. Le chômage menace des centaines de milliers de familles, et l'occupant — qui a besoin de main-d'œuvre — propose du travail, en Belgique comme en Allemagne. À ce stade, le départ vers le Reich est encore présenté comme volontaire, assorti de salaires et d'avantages alléchants.
Pour vous, ouvrier sans emploi, le dilemme est concret. Refuser tout travail lié à l'occupant, c'est préserver votre conscience mais risquer la misère pour votre famille. Accepter un emploi en Belgique, c'est gagner votre vie tout en restant au pays. Partir travailler en Allemagne, c'est l'assurance d'un salaire, mais aussi servir directement l'économie de guerre ennemie et vous éloigner des vôtres.
Vous devez choisir. Accepter un travail local sous l'occupation pour faire vivre votre famille. Partir en Allemagne pour un meilleur salaire. Ou refuser tout emploi lié à l'occupant et chercher d'autres ressources. Ce qui se présente en 1940 comme un choix libre engage déjà votre conscience et l'avenir des vôtres.
Notre ouvrier doit-il accepter un travail local, partir travailler en Allemagne, ou tout refuser ?
La plupart des ouvriers retiennent A : ils reprennent un emploi sur place, car il faut bien faire vivre les familles. Une minorité, attirée par les salaires, part volontairement travailler en Allemagne durant l'été et l'automne 1940 (option B), avant que le flux ne se tarisse. La logique du « moindre mal » domine : travailler pour survivre, sans s'engager davantage. Cette tolérance initiale changera radicalement à partir d'octobre 1942, quand l'occupant instaurera le travail obligatoire (déportation forcée vers le Reich), transformant un choix économique en contrainte et nourrissant la Résistance et la fuite des réfractaires.









