Tancrémont — l’ordre de reddition
Dernier des forts de la position fortifiée de Liège encore debout, Tancrémont résiste depuis le 10 mai aux assauts allemands. Sa garnison a vu tomber Ében-Émael en quelques heures, puis Aubin-Neufchâteau et Battice après une douzaine de jours. Mais l'ouvrage tient toujours, intact dans ses œuvres vives.
Le 28 mai 1940, une nouvelle bouleverse la situation : le roi Léopold III a capitulé, l'armée belge dépose les armes. L'ennemi vient sommer Tancrémont de se rendre, arguant de la capitulation générale.
Le commandant Devos se trouve devant un cas de conscience militaire. Se rendre immédiatement, puisque le souverain a capitulé et que toute résistance paraît désormais sans objet. Ou refuser de céder sur la seule parole de l'ennemi, et exiger un ordre écrit et authentifié de la hiérarchie belge avant de baisser le drapeau — au risque de prolonger inutilement le siège. Dans le doute, livrer le fort intact à l'adversaire ou tenir encore reste une décision lourde de sens pour l'honneur et la discipline.
Devos doit-il rendre Tancrémont sur l'annonce de la capitulation, ou exiger d'abord un ordre écrit authentifié ?
Devos choisit B : il refuse de se fier à la seule sommation allemande et obtient confirmation écrite de l'ordre de reddition générale, signé par l'autorité compétente, avant de rendre le fort. Tancrémont ne dépose les armes que le 29 mai 1940, au lendemain de la capitulation belge — après dix-neuf jours de résistance, ce qui en fait l'un des derniers points de l'armée belge à cesser le combat. Le souci de Devos d'un ordre régulier illustre l'attachement à la légalité militaire jusque dans la défaite, et l'ambiguïté d'une capitulation décidée par le seul roi.









