Téhéran, septembre 1941 : un trône sous la botte alliée
Depuis le 25 août 1941, les colonnes britanniques venues du sud et l'Armée rouge descendue du nord ont brisé en quelques jours la résistance de l'armée impériale. Les Alliés ne cachent pas leurs raisons : sécuriser le « corridor persan », cette voie ferrée et routière par où doit transiter le matériel de prêt-bail vers une Union soviétique exsangue, et verrouiller les champs pétroliers de l'Anglo-Iranian autour d'Abadan. Officiellement neutre, l'Iran payait sa proximité supposée avec le Reich et la présence de techniciens allemands ; en réalité, sa géographie en faisait une artère vitale que Londres et Moscou ne pouvaient laisser hors de contrôle.
À Téhéran, le souverain qui a bâti l'État moderne depuis 1925 voit son autorité se déliter heure par heure. Les troupes étrangères convergent vers la capitale, l'armée nationale s'est effondrée presque sans combat, et les radios alliées attaquent nommément le monarque, jugé trop autoritaire et trop germanophile. Le palais bruisse de rumeurs et de conseils contradictoires. Chaque issue envisagée engage non seulement un homme vieillissant, mais une jeune dynastie, un héritier formé en Suisse, et l'avenir d'une nation occupée.
Les Britanniques laissent entendre qu'ils accepteraient une solution préservant la couronne, à condition que le maître de l'heure s'efface. Les émissaires attendent une réponse dans l'antichambre, et le temps presse.
À la place de Reza Shah, le 16 septembre 1941, que décidez-vous face à l'occupation anglo-soviétique ?
Reza Shah choisit d'abdiquer le 16 septembre 1941 en faveur de son fils, Mohammad Reza Pahlavi, alors âgé de 21 ans, qui monta aussitôt sur le trône. Ce geste sauva la dynastie, mais l'ancien souverain fut emmené en exil par les Britanniques : conduit d'abord à l'île Maurice puis à Johannesburg, en Afrique du Sud, il y mourut le 26 juillet 1944 sans avoir revu l'Iran. Le pays demeura occupé par les Alliés et fut le théâtre, en novembre-décembre 1943, de la conférence de Téhéran réunissant Roosevelt, Churchill et Staline. Les troupes soviétiques ne se retirèrent qu'en 1946, après une crise majeure de la Guerre froide naissante.









