Roosevelt en campagne — « your boys »
À l'automne 1940, brigue un troisième mandat présidentiel sans précédent, face au républicain . La guerre domine la campagne. Roosevelt a déjà engagé les États-Unis dans une aide croissante à la Grande-Bretagne (accord destroyers-bases, hausse de la production d'armement, première conscription en temps de paix votée en septembre).
Mais l'opinion américaine reste profondément attachée à la neutralité : une large majorité veut aider Londres « en deçà de la guerre », sans envoyer de soldats. Willkie, qui partage l'essentiel de la politique étrangère de Roosevelt, l'attaque en fin de campagne sur le terrain isolationniste, l'accusant de mener secrètement le pays vers le conflit.
À quelques jours du scrutin, Roosevelt prépare un grand discours à Boston. Il doit décider du ton à donner sur la guerre : dire la vérité prudente — l'aide à la Grande-Bretagne pourrait un jour mener plus loin —, rassurer sans réserve l'électorat sur la non-intervention, ou éviter le sujet. Le choix peut faire basculer des millions de voix.
Que doit promettre Roosevelt aux électeurs sur l'entrée en guerre ?
Roosevelt choisit B. À Boston, le 30 octobre 1940, il lance la promesse restée célèbre : « I have said this before, but I shall say it again and again and again: your boys are not going to be sent into any foreign wars. » La formule rassure et contribue à sa réélection le 5 novembre 1940 sur Willkie, avec une confortable majorité au Congrès. Mais elle l'enferme : il avait omis la nuance « sauf en cas d'attaque » qui figurait dans les versions antérieures. Après sa victoire, Roosevelt accélère l'aide à Londres — la loi prêt-bail est lancée dès décembre-mars. La promesse de Boston deviendra, après Pearl Harbor (décembre 1941), l'exemple classique de l'engagement de campagne dépassé par les événements.









