Berlin, octobre 1941 : le verbe de la victoire
À l'automne 1941, la machine de propagande du Reich tourne à plein régime. Depuis le 22 juin, la Wehrmacht a enfoncé les lignes soviétiques et encerclé des centaines de milliers de prisonniers à Minsk, Smolensk puis Kiev. L'opération Typhon, lancée le 30 septembre, vise désormais Moscou. La capitale soviétique n'est cependant pas tombée, et l'issue de la campagne d'automne reste suspendue à plusieurs inconnues.
Le 9 octobre, à Berlin, le ministère de la Propagande dirigé par Joseph Goebbels doit arrêter la ligne qu'il transmettra à toute la presse contrôlée du Reich, alors que les correspondants étrangers attendent un point sur la situation à l'Est. Le ton retenu engagera la crédibilité du régime devant le peuple allemand comme devant l'opinion mondiale, à un moment où chaque communiqué pèse sur le moral intérieur et la perception extérieure de la guerre.
Goebbels mesure le pouvoir des mots autant que le coût d'une attente déçue. Les pluies d'automne, la raspoutitsa, transforment les pistes en bourbier et ralentissent les colonnes blindées ; l'ampleur des réserves soviétiques demeure une énigme ; l'hiver approche sans que l'équipement des troupes soit assuré. Mais les succès accumulés depuis juin nourrissent une attente de dénouement rapide. Le ministre doit fixer en quelques heures le langage officiel du Reich.
Quelle ligne de communication Goebbels doit-il imposer à la presse du Reich ?
Goebbels relaie l'annonce triomphaliste de victoire imminente : la presse du Reich, alignée sur la déclaration d'Otto Dietrich du 9 octobre 1941 selon laquelle la guerre à l'Est est virtuellement gagnée, claironne que la campagne de l'Est est terminée et que l'Armée rouge est anéantie. Les manchettes proclament la fin prochaine de la guerre. Mais l'offensive Typhon s'enlise : la raspoutitsa puis le gel paralysent les blindés, et la contre-offensive soviétique de Gueorgui Joukov, le 5 décembre 1941, repousse la Wehrmacht devant Moscou. L'annonce prématurée se retourne contre le régime : la déception populaire est d'autant plus forte que la victoire avait été promise. Goebbels, qui s'était montré sceptique sur cette communication, doit ensuite gérer le désenchantement, réorienter le discours vers l'idée d'une guerre longue et lancer, en décembre 1941, la grande collecte de vêtements d'hiver (Winterhilfswerk) pour des soldats mal équipés sur le front russe. L'épisode marque un tournant dans la propagande nazie, désormais contrainte à plus de prudence.









