Les forêts de Briansk, automne 1941
L'été a basculé dans le désastre. Depuis le déclenchement de l'opération Barbarossa en juin, la Wehrmacht a déferlé vers l'est, encerclant des armées entières et laissant derrière elle des régions livrées à l'occupant. Ici, dans l'immensité boisée qui s'étend autour de Briansk, le front a passé comme une vague, abandonnant les villages à une administration militaire allemande qui réquisitionne les récoltes, recense les hommes et place des affiches d'avertissement aux carrefours. La terre, elle, n'attend pas la guerre : il faut rentrer le seigle, garder la vache, préparer l'hiver qui approche déjà sur la Russie.
Mais les bois ne sont pas vides. Des soldats échappés des poches d'encerclement, des cadres du Parti restés sur place, des hommes fuyant le travail forcé s'enfoncent sous les futaies et commencent à s'organiser. On parle d'un appel lancé de Moscou cet été, exhortant la population des territoires occupés à harceler l'envahisseur. La nuit, on voit passer des silhouettes; au matin, un pont a sauté, un convoi a déraillé. Et chaque coup porté appelle sa réponse : l'occupant brûle des fermes, prend des otages, fusille au hasard pour briser ceux qui aideraient les hommes de la forêt.
Le paysan que tu incarnes connaît chaque sente, chaque grange, chaque famille du hameau. On vient lui demander du pain, un toit pour une nuit, un renseignement sur les patrouilles. Refuser, c'est peut-être sauver les siens; accepter, c'est risquer de tout perdre. Les autorités d'occupation, elles, promettent la tranquillité à qui se tient sage. L'hiver gronde, et chaque grain compte. Il faut décider.
Que fait le paysan des forêts de Briansk en cet automne 1941 ?
Un grand nombre de villageois de la région de Briansk choisirent d'épauler les partisans, leur fournissant vivres, abris et renseignements malgré les représailles. Nourri par la directive de Staline du 3 juillet 1941 puis par l'organisation du mouvement après l'ordre du 18 juillet, le maquis de Briansk devint l'un des plus puissants d'URSS : à son apogée en 1942-1943, plusieurs dizaines de milliers de partisans y opéraient, contrôlant de vastes zones forestières dites « territoires partisans ». Les Allemands ripostèrent par des opérations anti-partisans d'une brutalité extrême, incendiant des villages entiers et exécutant des civils en masse. Les sabotages des voies ferrées, intensifiés lors de la « guerre du rail » de 1943, désorganisèrent durablement la logistique du Groupe d'armées Centre et contribuèrent à l'effondrement allemand après Koursk.









