Boutmy au Mont-Cenis
Le capitaine commande l'ouvrage fortifié de Saint-Gobain, sur le col du Mont-Cenis (2 081 m), élément de la ligne Maginot alpine. Sa garnison — environ 200 hommes, quelques canons de 75 mm et des mitrailleuses — fait face, à partir du 21 juin, à plusieurs divisions italiennes lancées à l'assaut sur ordre de Mussolini.
Les conditions sont extrêmes : neige fondante, brouillard, froid d'altitude. L'ouvrage a été conçu pour la défense alpine ; sa réduction exigerait une artillerie lourde que les Italiens peinent à hisser jusqu'aux cols.
Alors que l'armistice franco-allemand vient d'être signé et que celui avec l'Italie se négocie, Boutmy doit décider du sort de son ouvrage. Les forts alpins, plus récents que ceux du Nord-Est, ont été conçus précisément pour ce type de combat de cols, où l'altitude et la neige interdisent l'emploi des chars. Boutmy peut tenir Saint-Gobain coûte que coûte, se replier vers Modane en cas d'encerclement, ou tenter une sortie offensive. Le sort d'un verrou clé de la frontière en dépend.
Boutmy doit-il tenir l'ouvrage indéfiniment ou envisager le repli ?
Boutmy retient A : sa garnison tient Saint-Gobain jusqu'à l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 25 juin. Aucun soldat italien ne franchit le Mont-Cenis. Décoré pour cette défense, Boutmy incarne la résistance victorieuse de l', qui n'a cédé sur aucun de ses axes fortifiés. Cette « victoire dans la défaite » — l'une des très rares de la campagne française — sera longtemps méconnue, éclipsée par l'effondrement général de juin 1940. Elle montre pourtant ce dont l'armée française restait capable sur un terrain et avec une doctrine adaptés : une défense fortifiée tenace, là où la guerre de mouvement l'avait broyée en mai.









