Depuis juillet, Joukov a patiemment massé sur la Khalkhin Gol une force interarmes considérable : des centaines de chars et de pièces d'artillerie, une aviation puissante, des stocks acheminés sur des centaines de kilomètres de piste. Il a multiplié les leurres pour persuader les Japonais qu'il se préparait à hiverner sur la défensive.
Mi-août, son dispositif est prêt. Mais le contexte politique se tend : à Moscou, on négocie en secret avec Berlin, et un règlement rapide de l'affaire mongole servirait les intérêts de Staline. Joukov sait que sa supériorité matérielle est momentanée et que l'effet de surprise ne durera pas.
Le moment du choix est venu. Lancer immédiatement une grande offensive d'encerclement pour anéantir d'un coup la , en pariant sur la surprise et la masse, au risque d'un échec coûteux ? Se contenter de repousser méthodiquement l'adversaire sans chercher l'anéantissement ? Ou attendre encore, pour accumuler davantage de moyens, au risque de perdre l'effet de surprise ? La décision aura des répercussions bien au-delà de la steppe mongole.
Joukov doit-il lancer maintenant une offensive d'encerclement décisive, ou se contenter de repousser l'adversaire ?
Joukov choisit A : le 20 août 1939, il déclenche une offensive interarmes en tenaille qui surprend les Japonais et referme une poche autour de leurs forces. En une dizaine de jours, la est écrasée, au prix de pertes lourdes des deux côtés. Un cessez-le-feu interviendra à la mi-septembre. La victoire de Khalkhin Gol, conjuguée au choc du pacte germano-soviétique, détourne durablement le Japon d'une stratégie d'expansion vers le nord contre l'URSS : Tokyo se tournera vers le sud et le Pacifique. La bataille consacre aussi Joukov, futur maréchal et artisan des grandes victoires soviétiques. Pour l', cette victoire valide une doctrine interarmes qui inspirera ses grandes offensives ultérieures.









