Début février 1941, l'opération Compass touche à son apogée. Après Tobrouk et Derna, la italienne se replie en hâte le long de la côte de Cyrénaïque, vers Tripoli, par la Via Balbia. Le général O'Connor apprend par le renseignement que l'ennemi n'a pas l'intention de défendre Benghazi et compte filer vers l'ouest.
O'Connor saisit l'occasion d'une manœuvre décisive : couper la retraite italienne en envoyant une colonne à travers le désert intérieur du Jebel, pour barrer la route côtière au sud de Benghazi, avant que le gros italien n'échappe. Mais ses moyens sont à bout : la n'a plus qu'une poignée de chars en état de marche, les transports sont usés, le ravitaillement distendu sur des centaines de kilomètres. La colonne d'interception — la — devrait tenir seule, très inférieure en nombre, face à une armée entière en fuite.
O'Connor doit trancher : tenter la course audacieuse à travers le désert pour piéger la , au risque de voir sa colonne écrasée ; suivre prudemment l'ennemi par la côte sans le couper ; ou s'arrêter pour reconstituer ses forces épuisées.
O'Connor doit-il lancer la course à travers le désert pour couper la retraite italienne ?
O'Connor ose A. La traverse le Jebel et s'établit le 5 février sur la Via Balbia, à Beda Fomm, au sud de Benghazi, juste avant l'arrivée des fuyards. Pendant deux jours, une poignée de Britanniques contient les assauts désordonnés d'une armée italienne pourtant très supérieure en nombre ; le 7 février, la capitule — environ 25 000 prisonniers de plus, une centaine de chars, des centaines de canons. O'Connor signale sa victoire par un message resté célèbre. En deux mois, Compass a détruit dix divisions italiennes et avancé de près de 800 km. Mais le triomphe sera sans lendemain : l'arrivée de Rommel et le détournement de forces vers la Grèce vont, dès le printemps, faire reperdre presque tout le terrain conquis.









