Roosevelt à Charlottesville — 10 juin
Le 10 juin 1940 au soir, le président doit prononcer le discours de remise des diplômes de l'Université de Virginie, à Charlottesville, où son fils Franklin junior reçoit le sien. Quelques heures plus tôt, l'Italie a déclaré la guerre à la France et à la Grande-Bretagne.
Les États-Unis sont officiellement neutres, et l'opinion publique reste majoritairement isolationniste à la veille de l'élection présidentielle de novembre. Roosevelt avance prudemment : il a promis une aide « par tous les moyens en deçà de la guerre », mais doit composer avec un Congrès et un électorat réticents à tout engagement.
L'entrée en guerre de l'Italie change la donne. Roosevelt tient en main un texte préparé, sur lequel ses conseillers délibèrent encore à quelques heures du discours. Le choix qui se pose à lui est celui du registre : condamner ouvertement le geste de Mussolini, au risque de heurter les isolationnistes, ou s'en tenir à une prudence diplomatique et au cadre universitaire de la cérémonie.
Roosevelt doit-il dénoncer publiquement l'agression italienne ou rester prudent ?
Roosevelt choisit C, la condamnation explicite. Le Département d'État avait jugé une phrase trop brutale et pressé de l'adoucir, mais le président la maintient et lance la formule restée célèbre : « On this tenth day of June 1940, the hand that held the dagger has struck it into the back of its neighbor » (« la main qui tenait le poignard l'a planté dans le dos de son voisin »). Le discours de Charlottesville marque un tournant : c'est l'un des premiers engagements publics nets du président contre les puissances de l'Axe, et il promet d'« étendre aux adversaires de la force les ressources matérielles de cette nation ». Il prépare l'opinion aux étapes suivantes — le Selective Service Act de septembre 1940 (première conscription en temps de paix), puis la loi prêt-bail de mars 1941. Roosevelt sera réélu pour un troisième mandat en novembre 1940 et mourra en fonction le 12 avril 1945.









