FN Herstal, mai 1940 — quelques heures avant l'occupant
En mai 1940, la Wehrmacht déferle sur la Belgique. La Fabrique Nationale de Herstal, près de Liège, est le plus grand complexe d'armement du pays : mitrailleuses, pistolets, dont le célèbre Browning à grande puissance mis au point par l'ingénieur . L'occupant convoitera forcément cet outil industriel.
Le directeur général et son sous-directeur n'ont que quelques heures pour trancher. Les plans de guerre prévoyaient de protéger le personnel et l'outillage, mais l'avance allemande est foudroyante et les options se referment d'heure en heure. Chaque décision met en balance le sort de milliers d'ouvriers, un patrimoine industriel inestimable et le risque de voir l'usine alimenter l'effort de guerre ennemi.
Faut-il anéantir les machines stratégiques pour qu'elles ne servent pas au Reich, sauver hommes, plans et savoir-faire en gagnant la France, ou parier sur le maintien intact de l'outil en refusant de produire ? L'arbitrage doit tomber avant l'arrivée de l'occupant.
Face à l'avancée allemande, que faire du plus grand complexe d'armement de Belgique ?
Joassart et Laloux appliquèrent les plans d'avant-guerre dans la mesure du possible puis gagnèrent la France sans détruire les machines, faute de temps — ce que les autorités françaises de l'armement leur reprochèrent vivement (Joassart rétorqua que « ces messieurs de Paris » avaient eu presque autant de semaines qu'eux d'heures). L'essentiel fut sauvé autrement : les plans du Browning à grande puissance furent sortis clandestinement de l'usine la veille de l'occupation, et des ingénieurs clés comme s'échappèrent, permettant de relancer plus tard la production pour les Alliés (au Canada chez John Inglis, et au Royaume-Uni). La FN refusa de reprendre le travail pour les Allemands et fut mise sous séquestre dès juillet 1940, rebaptisée DWM Werk Lüttich ; les ouvriers pratiquèrent ensuite le sabotage de la production.









