Le défilé du 7 novembre 1941 sur la place Rouge
Novembre 1941. Sur les routes gelées qui mènent à la capitale, les divisions de la Wehrmacht ne sont plus qu'à quelques dizaines de kilomètres. L'opération Typhon, lancée fin septembre, a déjà broyé les armées soviétiques de Viazma et Briansk ; certaines avant-gardes allemandes croient distinguer à la jumelle les clochers de Moscou. Dans la ville, on évacue les ministères vers Kouïbychev, on mine les ponts et les usines, on brûle des archives. La rumeur d'une chute imminente court, et avec elle des scènes de panique.
Or le 7 novembre n'est pas une date ordinaire. C'est l'anniversaire de la Révolution d'Octobre, le rendez-vous sacré du régime, célébré chaque année par un grand défilé militaire sur la place Rouge, sous les murs du Kremlin. L'annuler reviendrait à avouer au monde, et surtout au peuple soviétique, que Moscou se croit perdue. Le tenir, au contraire, expose des milliers d'hommes et la direction du Parti aux bombardiers de la Luftwaffe, qui n'auraient qu'un court trajet à franchir pour frapper la foule rassemblée à découvert.
Joseph Staline, demeuré au Kremlin alors que tant d'autres sont partis vers l'est, mesure chaque option. Le moral chancelle, l'ennemi guette, et le moindre signal sera lu comme un présage par des millions de regards. La capitale retient son souffle ; la décision, désormais, lui appartient.
À la veille du 7 novembre, alors que la Wehrmacht menace Moscou, que décidez-vous pour le défilé anniversaire de la Révolution ?
Staline choisit de maintenir le défilé sur la place Rouge le 7 novembre 1941, en présence des troupes et de la population. Pour parer à la Luftwaffe, l'aviation de chasse soviétique fut massée au-dessus de la capitale et le défilé fut avancé tôt le matin ; une chute de neige réduisit en outre la visibilité. Du haut du mausolée de Lénine, Staline prononça un discours invoquant les grands ancêtres russes. Les unités défilèrent puis gagnèrent directement les lignes de front toutes proches. Filmé et diffusé, l'événement fut un immense coup de propagande qui raffermit le moral soviétique au plus noir de la bataille de Moscou, avant la contre-offensive de décembre 1941 qui repoussa les Allemands.









