Boisson face à l'escadre — Dakar, 23 septembre 1940
, gouverneur général de l'Afrique-Occidentale française, administre depuis Dakar l'un des piliers de l'empire resté fidèle à Vichy. Ancien combattant de Verdun et grand blessé de la Première Guerre mondiale, il incarne une autorité légaliste, hostile à la dissidence gaulliste.
Dakar n'est pas une escale ordinaire. C'est une capitale coloniale majeure et une base navale ; le port abrite le cuirassé moderne Richelieu, dont les canons de 380 mm sont opérationnels, ainsi qu'une partie des réserves d'or de la Banque de France et de banques alliées réfugiées. Le contrôle de Dakar commande l'Atlantique Sud.
Le contexte est lourd. En juillet, à Mers-el-Kébir, la Royal Navy a coulé une partie de la flotte française pour l'empêcher de tomber aux mains de l'Axe : près de 1 300 marins français tués, une plaie béante entre Londres et Vichy. Le 23 septembre 1940, une escadre conjointe paraît au large : 3 600 Français libres conduits par et environ 4 300 Britanniques sous l'amiral Cunningham (opération Menace). Des émissaires gaullistes tentent de rallier la ville sans combat.
Boisson doit répondre dans la journée.
Quand l'escadre franco-britannique somme Dakar de se rallier, que décide Boisson ?
Boisson choisit A. Il rejette l'ultimatum et fait ouvrir le feu. Les batteries côtières et le Richelieu — qui tire 24 obus de 380 mm — repoussent la tentative de débarquement des Français libres à Rufisque. Le sous-marin vichyste Bévéziers torpille le cuirassé britannique Resolution, si gravement qu'il doit être remorqué jusqu'au Cap ; le Barham est touché par les batteries côtières. Côté vichyste, les sous-marins Persée et Ajax sont coulés et le contre-torpilleur L'Audacieux endommagé. Après trois jours d'échanges, les assaillants, refusant d'infliger un bain de sang à une population française, abandonnent l'opération Menace le 25 septembre. C'est un échec retentissant pour de Gaulle, dont le crédit auprès de Churchill vacille, et une démonstration que l'empire vichyste peut se défendre. Boisson reste fidèle à Vichy jusqu'au débarquement allié de novembre 1942, avant de rallier tardivement les Alliés ; il sera arrêté à la Libération. Dakar nourrit durablement la défiance entre Français libres et Vichy.









