Le contrôleur des machines à cartes perforées
En 1941, met en place à Lyon un vaste système de mécanographie sur machines Bull à cartes perforées, destiné à recenser la population et les activités professionnelles. C'est l'embryon du futur Service National des Statistiques. Ses fichiers numérotés préfigurent l'actuel numéro de sécurité sociale.
Le questionnaire de recensement contient une colonne explosive : la question 11 demande aux personnes si elles sont « de race juive », en référence au statut des Juifs d'octobre 1940. Carmille dispose des moyens techniques de dépouiller cette donnée à grande échelle et de la livrer à Vichy et à l'occupant.
Il tient entre ses mains un outil qui peut accélérer ou entraver le fichage d'une population persécutée. Le choix se joue dans le silence des ateliers de cartes perforées.
Chargé de mécaniser le recensement de 1941, qui comporte une question sur l'appartenance « à la race juive », comment Carmille traite-t-il cette donnée dans ses fichiers à cartes perforées ?
Carmille n'a jamais fait dépouiller la colonne 11. Sans refus ouvert, il a multiplié les lenteurs et les consignes orales de ralentissement (une « grève du zèle »), et ses machines n'ont jamais perforé ni tabulé les données de la question sur la « race juive ». Au moment de son arrestation par la Gestapo de le 3 février 1944, le décompte des Juifs n'était toujours pas achevé. Parallèlement, il utilisa son service comme couverture pour la Résistance (réseau Marco Polo, recensement clandestin de mobilisables). Déporté à Dachau, il y meurt du typhus le 25 janvier 1945.









