La SDN face à l'agression soviétique
Née du traité de Versailles en 1919, la Société des Nations agonise depuis Munich, en 1938. L'absence des États-Unis, dont le Sénat avait refusé la ratification en 1920, puis les retraits successifs du Japon et de l'Allemagne en 1933 et de l'Italie en 1937, ont vidé l'organisation de sa substance. L'invasion soviétique de la Pologne en septembre 1939, puis celle de la Finlande le 30 novembre, la placent devant une question existentielle : peut-elle agir contre l'un des membres permanents de son Conseil ?
, Premier ministre finlandais depuis le 2 décembre 1939, dépose une plainte officielle contre l'URSS dès le 3 décembre. L'Assemblée extraordinaire de la SDN se réunit à Genève du 9 au 14 décembre 1939. Le secrétaire général , un Français de 50 ans, ancien attaché financier à Londres, doit conduire une session délicate : l'URSS refuse d'envoyer la moindre délégation et dénonce une « guerre fasciste anti-soviétique de l'impérialisme britannique ».
Le 14 décembre, le Comité du Conseil vote l'expulsion de l'URSS — la première de l'histoire de la SDN. Sept voix se prononcent pour, celles du Royaume-Uni, de la France, de la Belgique, de l'Égypte, de la République dominicaine, de l'Afrique du Sud et de la Bolivie, aucune contre, et douze pays s'abstiennent, parmi lesquels les États-Unis, présents comme observateurs, ainsi que la Suède, la Norvège et le Danemark, qui redoutent les représailles soviétiques. Le quorum est atteint, le vote est valide.
Dans une institution déjà largement décrédibilisée, Avenol doit décider sur-le-champ de la suite à donner à ce vote.
Comment Avenol et le secrétariat doivent-ils gérer les conséquences de cette expulsion ?
Avenol applique B. Communiqué officiel sobre, sans demande de sanctions concrètes. La SDN n'organise aucun embargo économique ni fourniture d'armes à la Finlande — les fournitures effectives viennent des pays individuels (Suède, France, Royaume-Uni) en dehors du cadre SDN. L'organisation n'a plus aucune autorité opérationnelle. Avenol démissionnera en juillet 1940 après l'effondrement français, remplacé par (Irlandais) qui maintient l'organisation à l'agonie jusqu'en 1946, date de la dissolution officielle au profit de l'ONU. L'expulsion soviétique du 14 décembre 1939 reste un acte symbolique sans suite pratique. Mais elle a une portée historique : c'est la première fois qu'une grande puissance est sanctionnée par une organisation internationale pour agression contre un État souverain. Le précédent sera invoqué en 1990-1991 par la résolution 660 du Conseil de sécurité de l'ONU contre l'Irak.









