Le fil ou l'onde : comment commander le feu
Héritière de 1918, l'armée française a bâti sa doctrine sur la « bataille conduite » : une progression méthodique, réglée par étapes, où l'artillerie centralisée écrase l'adversaire avant chaque bond de l'infanterie. Ce mode de combat repose sur un réseau dense de lignes téléphoniques de campagne, jugé fiable et impossible à intercepter ou à brouiller.
Mais la guerre s'annonce plus mobile. Le fil exige du temps pour être posé, se coupe sous le bombardement et fige les unités sur des positions préparées. La radio, elle, suit le mouvement et transmet en quelques secondes, au prix d'une vulnérabilité au brouillage et à l'écoute ennemie.
À la veille du conflit, l'état-major doit trancher : sur quoi reposera le commandement et le réglage du feu une fois la manœuvre engagée ?
Sur quel mode de transmission l'armée française doit-elle fonder le commandement et le réglage de son artillerie ?
L'armée française a maintenu le téléphone filaire comme épine dorsale de ses transmissions et conservé une conduite du feu fortement centralisée, héritée de la « bataille conduite » de 1918. La radio existait et certains postes français étaient de bonne qualité, mais ils étaient peu nombreux, leur emploi était volontairement restreint (consignes de discrétion radio pour éviter l'interception) et la doctrine privilégiait les liaisons par fil et par agents. En mai-juin 1940, face à une Wehrmacht qui exploitait massivement la radio pour réagir vite, les lignes filaires coupées ou débordées par la vitesse de l'avance allemande ont contribué à la paralysie du commandement français. Source principale : , The Seeds of Disaster: The Development of French Army Doctrine, 1919-39.









