Le quota de représailles à Kragujevac
Un officier de la Wehrmacht sert dans la , déployée en Serbie occupée à l'automne 1941. Il relève du général , commandant militaire plénipotentiaire en Serbie, qui a verrouillé toute la chaîne de commandement autour d'une politique de terreur chiffrée.
Depuis l'été, le soulèvement serbe frappe les garnisons isolées. L'occupant, peu nombreux et obsédé par la menace du franc-tireur (Freischärler, « tireur irrégulier »), répond par les otages. Par un ordre du 10 octobre 1941, Böhme prescrit l'arrestation des communistes, des « suspects », des hommes juifs et de notables, sur la base d'un barème : 100 fusillés par soldat allemand tué, 50 par blessé.
Fin septembre, près de Gornji Milanovac, une embuscade des insurgés a coûté dix tués et vingt-six blessés à la troupe. Appliqué à ces pertes, le barème fixe un quota de plusieurs milliers d'otages que l'état-major exige de voir rempli sans délai. Or la ville ne compte pas assez de combattants ou de communistes identifiés pour l'atteindre.
L'officier doit décider qui rafler et où s'arrêter : ne saisir que les hommes désignés comme communistes ou suspects, au risque d'un total très inférieur au chiffre exigé ; rafler sans distinction la population masculine, ouvriers et lycéens compris, jusqu'au quota ; ou temporiser et demander au commandement d'en réduire l'ampleur au nom de l'apaisement de la région.
Comment l'officier de la Wehrmacht à Kragujevac réunit-il le nombre d'otages exigé par le quota de représailles fixé par le commandement ?
Les officiers de la 717e division procédèrent à une rafle massive et indistincte. Le 21 octobre 1941, à Kragujevac, ils fusillent des hommes et des adolescents raflés en ville et dans les usines, dont environ 144 lycéens et leurs enseignants. Les historiens serbes et allemands s'accordent aujourd'hui sur près de 2 800 tués (les rapports allemands d'époque mentionnaient 2 300 ; des estimations gonflées avançaient jusqu'à 7 000). Quelques jours plus tôt, à Kraljevo, la même politique avait fait environ 1 700 morts. Sous Böhme, 20 000 à 30 000 civils furent exécutés en deux mois. Le site est devenu en 1953 le mémorial du Parc de Šumarice. Böhme se suicida en 1947 avant son procès ; au procès des Otages à Nuremberg (1948), le général fut condamné à la détention à perpétuité.









