Nourrir ses enfants dans le Paris de l'hiver 1942
Une mère de famille parisienne fait la queue dès l'aube devant les boutiques de son quartier, sa et ses tickets à la main. En cet hiver 1941-1942, les rations officielles sont tombées très bas : le pain est compté, le beurre et les matières grasses ont presque disparu des étals, et la viande n'arrive qu'au compte-gouttes. Ses enfants ont faim, et les tickets distribués chaque mois ne couvrent plus les besoins d'un foyer.
Dans le occupé, le ravitaillement régulier ne dépend plus seulement des tickets. Un marché noir s'est organisé partout, où l'on trouve presque tout — beurre, œufs, viande — mais à des prix qui dépassent de loin les tarifs officiels, et au mépris de la loi. À la campagne, des paysans acceptent d'échanger des denrées contre du linge, des bijoux ou des objets du foyer ; les Parisiens prennent le train, valise à la main, pour ce « ravitaillement » familial devenu un rituel. Partout, le « », l'art de se débrouiller, supplée à ce que l'administration ne fournit plus.
La mère doit décider comment remplir l'assiette de ses enfants : recourir au marché noir malgré son coût ruineux et son illégalité, pour trouver ce qui manque ; s'en tenir strictement aux tickets de rationnement, au risque de voir ses enfants glisser vers la dénutrition ; ou partir troquer à la campagne du linge et des objets de la maison contre des vivres, au prix de longs voyages incertains.
Paris occupé, février 1942, une mère de famille : comment nourrir ses enfants quand la carte de rationnement ne suffit plus ?
À , l'hiver 1941-1942 marque l'un des creux les plus durs du rationnement : la ration officielle d'un adulte tombe sous les 1 200 calories par jour, très en deçà des besoins, et certaines catégories sont plus mal loties encore. Face à cette pénurie, la débrouille devient générale. Le recours au marché noir et le « ravitaillement » direct à la campagne se généralisent dans toutes les classes sociales, mais les prix prohibitifs creusent de profondes inégalités : les familles modestes, sans relations ni objets à troquer, sont les plus exposées. La dénutrition progresse, notamment chez les enfants et les personnes âgées, dont la croissance et la santé pâtissent durablement. Pour des millions de Parisiens, le quotidien de l'Occupation se résume à cette quête épuisante de nourriture, entre files d'attente, tickets, illégalité et .
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