Le village et les hommes des bois
Un paysan d'un village de la région de Briansk, entre les grandes forêts et la route de Smolensk, vit depuis l'automne 1941 sous l'administration militaire allemande. Les armées du groupe Centre ont submergé la région, mais le front s'est éloigné vers l'est et l'occupant ne tient solidement que les villes et les axes ; les campagnes et les bois échappent largement à son contrôle.
Dans ces forêts se sont réfugiés des soldats de l' échappés de l'encerclement de l'automne, des évadés, des cadres du Parti restés sur place. La contre-offensive soviétique de l'hiver, devant Moscou, a relancé leur espoir et grossi leurs rangs. Mal armés, mal nourris, ces détachements de partisans dépendent des villages pour vivre : ils en attendent des vivres, un toit pour la nuit, des renseignements sur les mouvements allemands. Une nuit, quelques-uns surgissent dans la cour du paysan et réclament son aide.
L'occupant, lui, traite tout secours aux partisans comme un acte de guerre et frappe les villages par représailles collectives. Le paysan doit choisir vite : héberger et ravitailler les hommes des bois en sachant ce que l'occupant inflige aux villages soupçonnés ; les refuser pour ne pas exposer les siens, au risque d'être traité en ennemi par les partisans eux-mêmes ; ou prévenir discrètement les Allemands, dans l'espoir d'épargner le village.
Région de Briansk, février 1942, un paysan d'un village occupé : quelle conduite tenir quand les partisans frappent à sa porte ?
À travers les régions de Briansk et de Smolensk, beaucoup de villageois finissent par aider les partisans — par conviction, par parenté avec les combattants, ou parce qu'un refus exposait aux représailles des deux camps. Porté par la contre-offensive de l'hiver et par les largages d'armes soviétiques, le mouvement partisan connaît un essor rapide en 1942 : à l'été, les détachements contrôlent de vastes zones forestières et des centaines de milliers d'habitants derrière les lignes allemandes. L'occupant répond par une guerre anti-partisans d'une extrême brutalité. Sous couvert de lutte contre les bandes, la , la SS et les forces auxiliaires comme la incendient des villages entiers, fusillent ou déportent leurs habitants, prennent et exécutent des otages selon des quotas fixés d'avance — partisans et non-partisans confondus. Pris entre l'exigence des hommes des bois et la terreur allemande, les civils des campagnes occupées paient le plus lourd tribut de cette guerre dans la guerre, par centaines de milliers de morts.
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