Darwin : que dire au pays ?
Le gouvernement australien apprend en quelques heures l'ampleur du désastre : ce 19 février 1942, la du vice-amiral , conduite en vol par le commandant , déverse sur plus de bombes qu'à . Le port est en flammes, des navires coulent au mouillage, des centaines de civils et de militaires gisent morts ou blessés. Simultanément, la panique vide la ville — des soldats fuient vers le sud dans une débandade que la postérité raillera sous le nom d'. Canberra est saisie d'une question brûlante : que dire au peuple australien ?
Les autorités fédérales et la censure militaire tiennent entre leurs mains 3 leviers. Elles peuvent minimiser publiquement le bilan, annoncer une poignée de morts plutôt que les centaines réelles et atténuer les destructions pour éviter que la panique ne se propage de à l'ensemble du continent. Elles peuvent, à l'inverse, révéler le bilan réel et l'étendue des destructions au public, en pariant que la vérité, si douloureuse soit-elle, soudera la nation plutôt que de la fracturer. Elles peuvent enfin imposer un silence total par une censure complète, interdire tout reportage, toute lettre, tout télégramme relatant le raid — effaçant l'événement de l'information publique.
L'enjeu dépasse . Le gouvernement sait que ce raid ouvre ce qui sera la bataille d'Australie : plus de 100 raids japonais sur le territoire national vont suivre. Si la première attaque, la plus meurtrière, déclenche l'affolement, le tissu civil et militaire pourrait se déchirer avant que la défense ne s'organise.
Darwin, 19 février 1942, le gouvernement australien : quel bilan présenter au pays après le raid dévastateur sur Darwin ?
Les autorités minimisent radicalement. Le bilan officiel reste très en dessous de la réalité pendant des décennies : le gouvernement annonce une poignée de morts, alors que le raid fait environ 235 tués. La panique et les désertions ne sont pas contenues pour autant. Premier et plus meurtrier des plus de 100 raids japonais sur l'Australie, marque le début de la bataille d'Australie. L'ampleur réelle ne sera pleinement reconnue que bien après la guerre, lorsque les archives seront ouvertes et que les survivants pourront témoigner librement.
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