Une femme à la porte de l'usine de guerre
Une femme américaine vit à , dans une ville que la guerre est en train de transformer. Mère de jeunes enfants, elle a grandi avec l'idée qu'une épouse tient son foyer et que l'usine est l'affaire des hommes. Or les hommes partent : depuis Pearl Harbor, les bureaux de recrutement ne désemplissent pas, et les chaînes des grandes usines automobiles se vident de leur main-d'œuvre masculine.
Depuis le début de 1942, est devenue le cœur de l' : les constructeurs ont cessé de fabriquer des voitures civiles pour produire chars, moteurs d'avion, camions et munitions. À mesure que la mobilisation aspire les ouvriers vers le front, les industriels ouvrent leurs ateliers aux femmes, recrutent par affiches et petites annonces, et promettent des salaires sans équivalent dans les emplois jusque-là réservés aux femmes. Les préjugés restent vifs — on doute de leur force, de leur place sur une chaîne —, et rien n'est prévu pour la garde des enfants pendant les longues journées de poste.
Elle doit décider de sa réponse à cette offre nouvelle : se présenter à l'embauche et entrer à l'usine de guerre malgré les regards et la garde des enfants ; rester au foyer comme le veut la coutume et tenir la maison ; ou s'engager plutôt dans les services auxiliaires ou le volontariat, jugés plus convenables pour une femme.
Detroit, février 1942, une femme américaine : faut-il franchir les portes de l'usine de guerre quand la société attend qu'on reste au foyer ?
Poussées par la pénurie de main-d'œuvre et l'appel patriotique, des millions de femmes franchissent les portes des usines de guerre entre 1942 et 1945, incarnées par la figure de — née d'une chanson de 1942 avant de devenir l'icône du front intérieur. La part des femmes dans la population active américaine passe d'environ 27 % à près de 37 %, et plus de 6 millions d'entre elles rejoignent l'industrie ; à et dans le Michigan, qui produisent à eux seuls près de 30 % du matériel de guerre du pays, elles deviennent indispensables aux chaînes d'aviation et d'armement. Leur travail soutient un bond historique de la production. Mais la victoire venue, on les renvoie au foyer pour rendre les emplois aux soldats démobilisés : dès 1945, des ouvrières d'une usine Ford du Michigan protestent publiquement contre leur licenciement au profit d'hommes moins expérimentés.
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