La piste de glace du Ladoga
dirige depuis septembre une ville que les Allemands ont coupée du monde. Les lignes de ravitaillement terrestres sont sectionnées ; la flottille du est immobilisée par les glaces ; la ration journalière de pain vient de tomber à 125 grammes pour un ouvrier, à 75 pour un enfant. Chaque semaine, des milliers de Leningradois meurent de faim dans les appartements glacés, et les entrepôts se vident à un rythme que les chiffres internes rendent terrifiants.
Une seule ouverture subsiste : le lac . Désormais gelé, il offre en théorie une surface praticable entre la rive orientale — reliée au réseau ferroviaire soviétique — et la ville assiégée. Mais la glace, épaisse à peine de quelques centimètres par endroits, ne cesse de craquer sous les camions ; des véhicules coulent déjà, emportant chauffeurs et chargements. L'aviation et l'artillerie allemandes bombardent la piste sans relâche.
Jdanov doit arbitrer entre 3 lignes d'action aux conséquences radicalement différentes : lancer sans délai des convois massifs de camions sur la glace du pour ravitailler la ville et évacuer les civils, en acceptant des pertes lourdes dès maintenant ; ou imposer un rationnement encore plus sévère et patienter jusqu'à ce que la glace atteigne une épaisseur jugée sûre pour les convois ; ou concentrer les forces disponibles sur une tentative de percée militaire afin de briser l'encerclement par voie de terre et rouvrir un couloir terrestre.
Leningrad, 10 décembre 1941, responsable de la défense de la ville encerclée : comment Andreï Jdanov peut-il encore nourrir 2 millions d'habitants au bord de l'anéantissement ?
Jdanov mise sur la — Doroga Zhizni, la route de la vie — et ordonne l'engagement immédiat des convois. Malgré la glace traîtresse et les bombardements incessants, les camions commencent à acheminer vivres, munitions et carburant vers , et à évacuer vers l'est des centaines de milliers de civils, en premier lieu des enfants. La piste devient le cordon ombilical de la ville assiégée, fonctionnant tout l'hiver en dépit de pertes humaines et matérielles considérables. Le siège durera près de 900 jours, jusqu'en janvier 1944.
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T10-032