Donner ses lainages pour les soldats de l'Est
Un civil allemand ordinaire entend, en cette fin de décembre 1941 et ce début de janvier 1942, l'appel public lancé par à la radio et dans la presse. Le ministre de la Propagande demande à chaque foyer de donner manteaux, fourrures, skis, bottes et lainages pour les soldats du . La consigne est claire : ce que les familles possèdent de chaud doit partir vers ceux qui combattent dans la neige russe.
L'appel rompt avec des mois de communiqués triomphants. Depuis l'été, la propagande promettait l'effondrement rapide de l'Union soviétique ; or l'offensive s'est enlisée devant Moscou, et l'hiver a surpris une qui n'a pas été équipée pour le froid russe. Les pertes par gelures se comptent par dizaines de milliers. Demander aux civils leurs propres vêtements revient à reconnaître, en creux, que l'armée n'avait pas prévu de passer l'hiver au combat — un aveu lourd pour un foyer qui croyait la victoire proche.
Le civil doit décider de sa réponse : donner sans réserve les fourrures et lainages de la famille, par patriotisme et sous la pression du voisinage et des collecteurs du parti ; ne céder que l'indispensable et garder de quoi se protéger soi-même d'un hiver rude ; ou s'abstenir, signe muet que la guerre éclair promise a échoué et qu'on ne se dépouillera pas pour la masquer.
Berlin, janvier 1942, un civil allemand : faut-il céder les fourrures et lainages de la famille pour les soldats qui gèlent à l'Est ?
La collecte d'hiver révèle au public allemand ce que la propagande avait caché : la n'avait pas été équipée pour l'hiver russe, et ses hommes gelaient faute de vêtements chauds. L'appel de déclenche une récolte massive — des dizaines de millions de pièces, manteaux, fourrures, pull-overs et skis remis par les civils. Mais le geste, présenté comme un élan patriotique, porte un coup au moral et au mythe de la victoire rapide : pour beaucoup, devoir donner ses propres lainages aux soldats du est l'aveu que la guerre éclair a échoué. Une part des dons arrive d'ailleurs trop tard pour le pire de l'hiver 1941-1942.
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T10-101