Les épaves de Pearl Harbor : renflouer ou non ?
Le Captain arpente les quais de dans l'odeur âcre du mazout et de la vase. Devant lui, les cuirassés de la Battle Line reposent en partie sous l'eau : l' a chaviré, l' est éventré, le et le se sont enfoncés à leur mouillage. Le 7 décembre a transformé le cœur de la flotte du Pacifique en cimetière de métal tordu, mêlé de munitions, de carburant et de dépouilles que les plongeurs remontent encore par dizaines.
Wallin sait que les chantiers navals américains travaillent déjà au-delà de leurs capacités, que les sous-marins japonais rôdent à l'entrée du port et que chaque semaine compte. La question qui s'impose à lui n'est pas seulement technique : lancer une opération de renflouement complète, avec plongeurs, pompes géantes, colmatage et remise à flot dans la vase — ce qui immobilisera des centaines d'hommes pendant des mois — ou se limiter à récupérer l'acier, les pièces d'artillerie et l'équipement réutilisable, en abandonnant les coques trop endommagées.
Une 3e voie existe : ignorer les épaves et concentrer toutes les ressources sur l'agrandissement des installations et l'armement de bâtiments neufs sortis des chantiers de la côte Est. Wallin dispose de rapports préliminaires de ses plongeurs : plusieurs coques sont structurellement saines sous la vase. Mais chaque jour de flottaison perdue est une unité de combat de moins pour stopper l'avance japonaise.
Pearl Harbor, 10 janvier 1942, officier responsable du sauvetage : que faire des cuirassés gisant au fond du port ?
Wallin dirige une opération de sauvetage hors norme qui dure plus de deux ans : plongeurs travaillant dans le noir à 10 mètres de profondeur, pompage de millions de litres d'eau mazoutée, colmatage à l'étanchéité des brèches, remise à flot progressive dans la vase et les débris. Sur les 8 cuirassés touchés le 7 décembre, 6 sont renfloués et remis en état de combattre. Plusieurs participent à la reconquête du Pacifique, dont le , le Tennessee et le Maryland lors de la bataille du détroit de Surigao en octobre 1944 — la dernière grande bataille de cuirassés de l'histoire. L'opération est saluée comme l'un des plus grands exploits d'ingénierie navale de la guerre.
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