Le procès de Riom : quelle défense pour un accusé ?
prend place sur le banc des accusés de la cour suprême de justice réunie à , petite ville du Puy-de-Dôme devenue capitale judiciaire de la zone libre. À ses côtés comparaissent , autre ancien président du Conseil, et le général , qui commandait les armées françaises en mai 1940. Le régime de a voulu ce procès pour établir que les dirigeants de la Troisième République, et singulièrement les hommes du Front populaire, portent la responsabilité de la défaite face à l'Allemagne.
L'accusation est construite pour démontrer l'impréparation militaire et la faiblesse politique des gouvernements d'avant-guerre. Mais le dossier est fragile : juger la conduite de la guerre conduit inévitablement à interroger le rôle de ceux qui dirigeaient l'armée dans les années 1930, dont le maréchal lui-même, ministre de la Guerre en 1934 et membre du conseil supérieur de la guerre. Blum mesure que la tribune qui lui est offerte peut se retourner contre ses juges, mais qu'une parole trop offensive expose lui-même et ses codétenus à de lourdes représailles.
Blum doit arrêter sa ligne de défense : retourner le procès contre et le régime en démontant publiquement l'accusation et en renvoyant la responsabilité de l'impréparation à ceux qui gouvernaient l'armée ; mener une défense juridique étroite, pied à pied sur les faits, sans attaquer le régime ; ou refuser de reconnaître la légitimité de la cour et se taire devant un tribunal qu'il tient pour politique.
Riom, février 1942, Léon Blum sur le banc des accusés : comment se défendre lorsque le tribunal qui doit le juger sert d'abord un régime ?
et transforment le procès de en réquisitoire contre . Loin d'endosser la responsabilité de la défaite, ils démontrent point par point la faiblesse de l'accusation et rappellent que le maréchal Pétain et l'état-major portaient eux-mêmes la conduite militaire des années 1930. Embarrassé par des débats qui se retournent contre le régime et contre les exigences allemandes, le pouvoir suspend le procès le 14 avril 1942 pour un « supplément d'instruction » ; l'affaire ne sera jamais rejugée et sera définitivement abandonnée en 1943. Les accusés demeurent détenus : Blum, Daladier et Gamelin sont ensuite livrés aux Allemands et déportés en Allemagne, d'où ils ne reviendront qu'à la fin de la guerre.
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