Bataan : tenir la faim et la fièvre
Un soldat américano-philippin de la garnison de combat depuis le début de janvier 1942 dans la jungle montagneuse de la péninsule, sur l'île de . Lui et ses camarades se surnomment entre eux les Battling Bastards of , ceux que la métropole a laissés tenir seuls : sans couverture aérienne, sans appui naval, sans espoir prochain de renforts ou de ravitaillement.
La garnison, plusieurs dizaines de milliers d'hommes, est repliée sur la pointe de la péninsule, le dos à la mer. Dès l'ouverture de la bataille, les vivres ont été ramenés à la demi-ration ; en ce début de février, le riz manque et la viande se cherche dans les buffles, les singes ou les serpents. Privés de quinine, les rangs sont rongés par le paludisme, la dysenterie et la dengue : les évacuations vers les hôpitaux de campagne grimpent de semaine en semaine. Beaucoup d'hommes ont déjà perdu une part de leur poids et tiennent debout par habitude.
Le soldat doit décider comment durer sur cette ligne : tenir sa position coûte que coûte malgré la faim et la fièvre ; ménager ses forces en réduisant les patrouilles offensives pour ne plus se battre que sur la défensive ; ou gagner les montagnes pour rejoindre les irréguliers philippins et poursuivre le combat en guérilla.
Bataan, février 1942, un soldat de la garnison assiégée : comment tenir face à la faim et à la maladie ?
L'immense majorité des défenseurs tint la ligne jusqu'au bout. Les rations s'effondrèrent encore — d'environ 2 000 calories à moins de 1 000 en mars-avril — et le paludisme devint massif : les hospitalisations passèrent de 500 par jour début mars à 1 000 par jour début avril, presque chaque homme étant atteint. Affamée, fiévreuse, à court de tout, la garnison résista 99 jours avant que le général Edward King ne capitule le 9 avril 1942 — la plus vaste reddition de l'histoire militaire américaine. Les prisonniers furent aussitôt soumis à ce que l'on appela la marche de la mort de . Quelques combattants, refusant la captivité, gagnèrent les montagnes et grossirent les rangs de la guérilla philippine, qui harcela l'occupant jusqu'en 1945.
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