Le piège de Rabaul
Le lieutenant-colonel commande la à depuis des mois, sachant pertinemment que ses environ 1 400 hommes — articulés autour du 2/22e bataillon — ne sont là que pour observer et signaler, non pour résister. Canberra le sait aussi : cette garnison est un avant-poste sacrifié d'avance, des otages du destin qu'on ne renforcera pas, qu'on n'évacuera pas. Dans la nuit du 22 au 23 janvier 1942, la couvre le débarquement d'une force d'invasion japonaise écrasante. Les positions australiennes s'effondrent en quelques heures. Aucun appui aérien, aucun secours naval n'est en route.
Scanlan se retrouve devant une décision que Melbourne lui a refusé les moyens d'éviter. Il peut ordonner la dispersion immédiate — le chacun pour soi dans la jungle environnante —, en espérant que des centaines d'hommes rejoindront seuls les lignes alliées à travers une sans route et sans filet. Il peut aussi maintenir une défense groupée autour de l'aérodrome de , au risque d'exposer la totalité de la force à l'anéantissement ou à la capture en bloc. Une 3e voie existe : tenter une reddition immédiate et négociée, pour épargner des vies dans une bataille déjà perdue.
Chaque option porte ses propres horreurs. La jungle n'est pas un refuge mais un labyrinthe mortel pour des soldats sans vivres ni cartes d'évasion. La résistance acharnée, face à 5 000 à 6 000 hommes soutenus par la marine et l'aviation japonaises, ne peut déboucher que sur un massacre. La reddition, dans l'ignorance des pratiques japonaises envers les prisonniers, est un pari sur l'humanité de l'ennemi que rien ne garantit.
Rabaul, 23 janvier 1942, commandant de la Lark Force : comment sauver le plus d'hommes face à une invasion que rien ne peut arrêter ?
Scanlan ordonne la dispersion. Des centaines d'hommes s'enfoncent dans la jungle sans plan d'extraction. Beaucoup sont rapidement capturés par les Japonais. Environ 160 prisonniers sont massacrés à et à Waitavalo en février 1942. Plus de 1 000 prisonniers de guerre et civils, embarqués à , périssent en juillet 1942 dans le naufrage du , torpillé par un sous-marin américain qui ignorait sa cargaison humaine — la pire catastrophe maritime de l'histoire australienne. L'abandon de la , garnison sacrifiée par Melbourne, reste une blessure durable dans la mémoire nationale australienne.
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