Ceylan menacée — défendre la porte de l'océan Indien
Le commandant en chef britannique chargé de Ceylan mesure, en ce mois de février 1942, l'ampleur du désastre qui vient de s'abattre sur l'Empire. Singapour est tombée le 15 février, livrant aux Japonais des dizaines de milliers de prisonniers et la grande base navale d'Extrême-Orient. La marche japonaise vers l'ouest paraît désormais sans frein, et l'île de Ceylan se retrouve en première ligne.
Ceylan n'est pas une possession parmi d'autres. Ses ports, Colombo sur la côte ouest et Trinquemalay (Trincomalee) à l'est, commandent la route maritime des Indes et du Moyen-Orient, par où transitent le pétrole, les renforts et le ravitaillement vital de l'effort de guerre allié. Perdre l'île, c'est ouvrir l'océan Indien aux porte-avions de la marine impériale et menacer la jonction entre les théâtres d'Asie et d'Afrique. Or les forces disponibles sont maigres : quelques croiseurs et bâtiments vieillissants, une aviation clairsemée, des défenses côtières inachevées.
Le renseignement signale la possibilité d'une frappe aéronavale par surprise. Le commandant doit arrêter sa ligne sans délai : concentrer flotte et aviation à Ceylan pour défendre les ports, au risque de les offrir en cible à une attaque soudaine ; disperser les forces vers une base secrète des Maldives, l'atoll d'Addu, pour préserver le gros de la flotte ; ou donner la priorité au renforcement terrestre de Colombo et Trinquemalay, en acceptant de laisser la mer plus exposée.
Colombo, février 1942, le commandant en chef à Ceylan : comment parer une poussée japonaise dans l'océan Indien ?
Le commandement britannique choisit de préserver sa flotte plutôt que de l'exposer dans les ports de Ceylan. Une base secrète fut aménagée à l'atoll d'Addu, aux Maldives (« Port T »), et la , confiée en mars 1942 à l'amiral , y opéra à l'écart, ses ports de Ceylan étant jugés indéfendables face à une attaque déterminée. Du 31 mars au 10 avril 1942, la force de porte-avions de frappa Colombo le 5 avril, puis Trinquemalay le 9 ; ses avions coulèrent les croiseurs Cornwall et Dorsetshire, puis le porte-avions , dépourvu de ses appareils, au large de Batticaloa — environ 307 marins périrent. Faute d'avoir pu détruire le gros de la flotte britannique, les Japonais se retirèrent ; mais la , jugeant la région intenable, replia sa base principale sur Kilindini, au Kenya, cédant temporairement l'est de l'océan Indien à l'ennemi.
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T10-109